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Date
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Description physique
Origine
Biographie ou Histoire
Gabriel Devéria est le neveu d'Eugène, peintre dont les œuvres ont été extrêmement en vogue sous la Restauration. Enfant, il fréquente toute la jeunesse romantique : Théophile Gautier, Alfred de Musset, Victor Hugo et Sainte-Beuve. À seize ans, marqué par la mort soudaine de son père, il décide de partir en Chine où le ministère des Affaires étrangères ouvre une école d'élèves interprètes. Il passe vingt ans à l'ambassade, dont il gravit tous les échelons, devenant successivement consul puis consul général. Revenu en France, il est nommé professeur à l'école des Langues orientales. Deux ans avant sa mort, il est élu à l'Académie des inscriptions et belles-lettres.
Modalités d'entrées
Les papiers Gabriel Devéria sont entrés aux Affaires étrangères à la suite des scellés apposés à son domicile après sa mort.
Présentation du contenu
Les papiers Devéria portent pour l'essentiel sur une période très courte de sa carrière, entre 1882 et 1885 : affecté à Paris, il est secrétaire-interprète du gouvernement pour la langue chinoise. C'est à ce titre qu'il est amené à s'intéresser à l'affaire du Tonkin, dossier d'importance capitale, puisqu'à la suite du désastre de Lang Son, il aboutit à la démission du président du Conseil, Jules Ferry, en 1885.
Le Tonkin est, après la Tunisie, le deuxième grand objectif de la politique coloniale de Jules Ferry. Après la prise d'Hanoï par le commandant Rivière, le président du Conseil imagine mettre la main sur cette région du nord du Vietnam actuel, ce qui lui permettra d'offrir à la France une frontière commune avec la Chine. C'est le moyen d'accéder directement au centre de l'empire du Milieu, étape décisive dans le « grand jeu », expression utilisée par Kipling pour désigner la rivalité entre puissances européennes dans la région.
Mais le projet de Ferry est vivement contesté par Clemenceau et une partie de l'opinion. Dans un livre de mémoires, Prime jeunesse, l'écrivain Pierre Loti écrit : « L'absurde et folle expédition du Tonkin venait d'être décrétée par l'un des plus néfastes de nos gouvernants ; on envoyait là-bas, pour un but stérile, des milliers d'enfants de France qui ne devaient jamais revenir. [&] Les pauvres anémiés de l'Indochine, qui dira combien on leur en a jeté en pâture, de ces chers morts, sacrifiés par la folie criminelle des politiciens colonisateurs ? »
Après la démission de Jules Ferry, les Affaires étrangères s'interrogent sur les responsabilités des diplomates dans le désastre de Lang Son : le ministre de France en Chine, Albert Bourée, est mis en cause, accusé d'avoir dans ses dépêches largement sous-estimé les risques de l'expédition du Tonkin.
Le cas Bourée fait l'objet d'une enquête officielle qui s'appuie sur ses dépêches, mais aussi sur le contenu des télégrammes échangés entre le ministère des Affaires étrangères chinois, le Tsong-li-Yamen, et son ambassade à Paris, interceptés par l'administration française. C'est du déchiffrement et de l'analyse de ces télégrammes que Devéria est chargé. Il dispose pour cela des codes utilisés par le gouvernement chinois, dont il a découvert le mécanisme. Les télégrammes déchiffrés par Devéria sont ensuite examinés par une commission qui comprend deux anciens ambassadeurs, Fournier et Chaudordy, ainsi que le directeur politique, De Ring.
La commission qui se réunit en avril 1885 conclut à l'innocence de Bourée : il semblerait que ses membres aient éprouvé des scrupules à utiliser les documents à charge qui leur ont été fournis. Comme le dit Fournier : « S'il dépendait d'un gouvernement étranger et surtout ennemi de compromettre par ses dires, qu'on ne peut vérifier, l'honneur d'un agent accrédité auprès de lui, et si ce gouvernement était cru par le gouvernement qu'il a intérêt à abuser, il n'y aurait plus de sécurité à servir son pays, il n'y aurait plus d'honneur à le faire. » [1]
L'absence de sanction contre Bourée est une surprise pour Albert Billot, le plus proche collaborateur de Ferry. Néanmoins, ce dernier se garde d'accabler Bourée dans l'ouvrage qu'il publie anonymement en 1888 sur l'affaire du Tonkin. « Je tiens trop à l'honneur de notre corps diplomatique, écrit-il à Devéria, pour jeter dans une lessive publique un linge sale qui devrait avoir été lavé en famille depuis longtemps déjà. » [2]
C'est sans doute le caractère confidentiel de ce travail qui explique le choix de Devéria de conserver par-devers lui le « dossier secret » utilisé à charge contre Billot. Il occupe les volumes 2 à 3 du fonds Devéria.
En plus de l'affaire Bourée, le fonds Devéria comprend un calque daté de 1863 représentant des copies de sceau. On y trouve aussi une série de télégrammes et de documents datés des années 1895 et 1896 quand le ministre Gabriel Hanotaux s'attaque au tracé de la frontière entre la Chine et l'Indochine, dans le but « de pacifier, de délimiter et de fonder définitivement la grande colonie que Jules Ferry avait à peine osé entrevoir dans ses rêves ».
[1] 62PAAP/1. Lettre de Fournier, 21 avril 1885, fo 2, ro.
[2] 62PAAP/1. Lettre de Billot, 9 novembre 1893, fo 1, vo.
Évaluation, tris et éliminations, sort final
Le fonds n'a pas fait l'objet d'élimination lors de son traitement 2025. L'ordre des dossiers qui avait été bouleversé, probablement lors de consultations, a été rétabli.
Mode de classement
Les papiers Devéria ont été classés par ordre chronologique, en distinguant les différents dossiers dont il s'est successivement occupé.
Conditions d'accès
Accès libre selon le Code du patrimoine.
Conditions d'utilisation
La reproduction est libre pour les documents communicables dans les conditions prévues par le règlement de la salle de lecture.
Langue des unités documentaires
Autre instrument de recherche
Répertoire numérique par Jean-Philippe Dumas, conservateur général du patrimoine, 2025 (6 pages). Voir l'instrument de recherche.
Documents en relation
Ministère des Affaires étrangères
Centre des archives diplomatiques de La Courneuve
Outre la correspondance politique, il peut être utile de consulter certains papiers d'agents, en particulier :
Centre des archives diplomatiques de Nantes
Le centre des archives diplomatiques de Nantes dispose des archives de la légation à Pékin (513PO).
Autres services
Les questions indochinoises peuvent aussi être étudiées à partir des fonds des Archives nationales d'Outre-mer, à Aix-en-Provence, et du Service historique de la Défense, partie Marine, à Vincennes.
À la bibliothèque municipale de Dijon, on note la présence des Papiers Albert Bourée (Ms 2262-2270), qui portent sur la Chine et le Tonkin.
Bibliographie
Gabriel Devéria est l'auteur de nombreux ouvrages et articles sur l'histoire de la Chine et ses manuscrits. Il a fait l'objet de notices nécrologiques qui retracent sa vie et ses travaux. Pour un résumé commode de sa carrière, on peut consulter la notice de l'ouvrage suivant, publiée à partir du dossier d'agent conservé aux Affaires étrangères :
BENSACQ-TIXIER (Nicole), Dictionnaire du corps diplomatique et consulaire français en Chine, 1840-1911, Paris, Les Indes savantes, 2003, p. 178-180.
Sur la frontière du Tonkin, Devéria a publié :
DEVÉRIA (Gabriel), La frontière sino-annamite : description géographique et ethnographique, Paris, E. Leroux, 1886 (Publications de l'École des langues orientales, IIIe série, vol. I).
On consultera aussi :
BILLOT (Albert), L'affaire du Tonkin : histoire diplomatique de l'établissement de notre protectorat sur l'Annam et de notre conflit avec la Chine, 1882-1885, Paris, Hetzel, 1888.
BOELL (Paul), Les scandales du Quai d'Orsay... la trahison Bourée, Paris, A. Savine, 1893.
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